Monseigneur de Laval se présente …

Mon nom a fortement marqué la toponymie du Québec, dans toutes ses régions. Déjà sans doute, vous avez été informés du fait que je fus le premier évêque de Québec, diocèse qui à cette époque, s’étendait jusqu’en Louisiane, en faisant par là-même un continent, bien plus qu’un diocèse ! Certes, j’ai beaucoup voyagé, érigé des seigneuries, fondé des institutions… mais également, guerroyé tous azimuts, afin de remplir cette mission, dont j’avais rêvé dès mon tout jeune âge !

Pour en connaître plus…

Né à Montigny-sur-Avre (France), j’ai l’honneur d’être issu d’une des plus nobles familles de France, les Montmorency, dont l’origine remonte à la Gaulle païenne; selon la tradition familiale mon ancêtre aurait reçu le baptême des mains de St-Rémi, en même temps que Clovis. De là, l’origine de la devise familiale, « Dieu ayde au premier baron chrestien », que j’ai voulu incorporer à mes propres armoiries.

En 1659, la Nouvelle-France, vers laquelle je naviguais, était, faut-il le dire, bien peu de choses …Il y avait moins de 2000 âmes dispersées entre trois centres, sur une étendue de 60 lieues. D’abord Québec avec ses 1200 âmes; ensuite quelques centaines pour Trois-Rivières, et puis finalement Montréal, le dernier centre habité, qu’on qualifierait aujourd’hui de… région! Peu après mon arrivée, je m’étais attaqué à la traite de l’eau-de-vie, qu’il m’est parfois arrivé de nommer «eau-de-mort», considérant ses effets dévastateurs chez les Amérindiens! étant à priori ennemi des demi-mesures, je décrétai le 16 mai 1660, une excommunication contre tous les trafiquants rebelles, qui vendaient des boissons aux Indiens, jusque dans les bourgades les plus éloignées. Cela déclencha sans trop de surprises, une opposition ouverte et acharnée des commerçants… En 1662, je dû me résigner à passer en France pour exposer mes doléances au roi Louis XIV. étonnamment, il combla tous mes désirs, et promit d’interdire formellement l’eau-de-vie! Le ciel même parût vouloir manifester son appui, car le grand tremblement de terre de 1663 provoqua une telle commotion en Nouvelle-France, que le nouveau gouverneur, Monsieur de Mézy, appuya son évêque afin d’interdire complètement la traite des boissons.

En 1662, lors de mon voyage à Paris, j’en profitai également pour m’entretenir avec Louis XIV, de la création d’un conseil souverain, qui deviendrait en quelque sorte, « l’ouvrage de son premier évêque…» comme l’écrira plus tard un quidam non-identifié. J’allais incidemment y devenir le second personnage, après le gouverneur. J’y étais notamment, chargé de nommer les premiers conseillers, et bien sûr, de concéder des seigneuries, bien au-delà de celle de Beaupré, dont j’étais déjà le seigneur. Dès mon arrivée en cette terre, le séminaire de Québec m’apparaissait, dans ma vision des choses, comme le centre et l’âme de la vie religieuse en Nouvelle-France. Sa fondation, conformément à mon projet, remonte à une ordonnance émise à Paris le 26 mars 1663 et dûment confirmée par le roi. Je le voulus également confié à une communauté de prêtres séculiers, dirigés par les supérieurs que les évêques de Québec désigneraient. Une des grandes réalisations des héritiers spirituels de cette communauté demeurera, sans doute, une prestigieuse université qui porte toujours mon nom! Par ailleurs la Grande Ferme (de Saint-Joachim) constituait le volet pragmatique de ma vision du séminaire, puisqu’elle produisait tout ce dont on avait de besoin pour fournir les denrées nécessaires à la survie de tous les résidents de ce même séminaire. Je ne sais si ceux qui ignoraient mes intentions, entretenaient secrètement une indéfinissable convoitise, mais il est indéniable que je fus, à un certain moment le plus important propriétaire terrien de toute la Nouvelle-France… Visionnaire éclairé, rompu aux règles d’une saine administration, j’avais acquis ces biens-fonds dans le but de constituer un riche patrimoine, assurant la pérennité de l’autonomie financière de mon séminaire. Pourrais-je, ne pas éprouver une légitime fierté en considérant, qu’aujourd’hui encore, ces magnifiques terres boisées, sagement valorisées, remplissent toujours la même mission. Comment ne pas me réjouir de la persistance de ma vision, en constatant qu’en début du XXIe siècle, cette vénérable institution vient de s’associer à un vaste projet écologique de captation de l’énergie d’éole !

Hélas, au moment où je me trouvais en fin de vie, l’absence de toutes ces formidables sources d’énergie, faisaient en sorte que nos églises étaient dépourvues de tout chauffage hivernal. Ainsi au cours de la semaine sainte de 1708, alors que j’y assistais aux offices du vendredi saint, à la cathédrale, je contractai une engelure au talon, qui s’aggrava si vite, que je fus bientôt aux extrémités. Implacable pour le vieillard fragile que j’étais devenu, cette épreuve me conduisit à la mort le 6 mai suivant. Une page venait d’être tournée; néanmoins 23 successeurs allaient me suivre sur le siège épiscopal de Québec, dont je n’avais été que le premier occupant!

Alain Cournoyer, 13 février 2010.

SOURCES:

1. Armoiries de Mgr de Laval et du Séminaire de Québec. Disponible en ligne

2. Duchesne, Bernard. Illustration du site de la Grande Ferme, 2004. Disponible en ligne.

3. Faden, William. Furs Traders in Canada, trading with Indians, 1777. Disponible en ligne.

4. Mgr de Laval soignant les malades. Disponible en ligne.